|
L’utopie phalanstérienne chère à Charles Fourier, qui plonge ses racines jusque chez le Rabelais de l’Abbaye de Thélème, trouve de nouveaux adeptes dans l’entourage de Henry-Martin Barzun, qui, en 1906, met à la disposition d’un groupe de jeunes artistes une maison située au bord de la Marne, à Créteil. Musiciens, peintres, typographes sont appelés à construire dans la fraternité le modèle d’une communauté artistique généreuse et féconde.
Jules Romains, F.T. Marinetti, Pierre-Jean Jouve, « adhérents externes », seront fortement marqués par cette expérience. En témoigne la création, en 1908, des « Editions de l’Abbaye », sous la direction de Jules Romains, le théoricien de l’unanimisme, qu’il définit ainsi: « Par unanimisme, entendez simplement l’expression de la vie unanime et collective. Nous éprouvons un sentiment de la vie qui nous entoure et qui nous dépasse. »
En marge de l’unanimisme se croisent plusieurs courants qui militent pour une poésie sociale: Emile Verhaeren, André Spire, Charles Vildrac répondent dans les « Cahiers d’aujourd’hui » (1912-1914) aux voeux des écrivains populistes, comme Octave Mirbeau ou Charles-Louis Philippe. A la pointe de ce mouvement, Jean-Richard Bloch parle d’ « art révolutionnaire » dès 1910, dans sa revue « L’Effort ».
|