LE SURREALISME

juin 3, 2008

 

 

Le mot “surréalisme” fait aujourd’hui partie du langage courant. Il illustre ce

qui n’est pas ordinaire, ce qui échappe à toute réalité, ou ce qui dépasse

l’entendement. Mais son sens s’est élargi, au point que nous en oublions son

origine. L’invention du mot surréalisme revient à Guillaume Apollinaire (1880-1918),

poète attentif aux avant-gardes artistiques et bénéficiant d’une aura auprès de

jeunes créateurs. André Breton, jeune homme de vingt et un ans, assiste le 24 juin

1917 à la première d’une pièce, Les Mamelles de Tirésias, que l’auteur, Apollinaire,

qu’il estime et avec lequel il correspond depuis deux ans, qualifie de “drame

(action) surréaliste” pour montrer qu’un sujet sérieux (“un homme qui fait des

enfants” car “on ne fait plus d’enfants en France parce qu’on n’y fait plus l’amour.”)

peut-être traité sur le mode de l’humour. Il ne s’agit pas d’imiter la réalité,

mais de provoquer le rire en rompant avec la convention. Deux ans plus tard, Breton

fonde avec deux amis, Louis Aragon et Philippe Soupault, une revue, Littérature, que

rejoint bientôt Paul Eluard. L’équipe est séduite par un mouvement né en Suisse,

le turbulent dada, pour lequel Breton écrit en 1920 un article dans la revue NRF.

Il y reprend le mot surréalisme pour qualifier cette fois ce qui entoure la forme

originale d’écriture automatique qu’il explore avec ses compagnons. Ce groupe devient

surréaliste à part entière et rompt avec les dadaïstes en 1922.

Reprenant le procédé des dictionnaires, Breton définit le surréalisme dans le premier

Manifeste du surréalisme paru en octobre 1924. “En hommage à Guillaume Apollinaire,

qui venait de mourir (…), Soupault et moi nous désignâmes sous le nom de SURREALISME

le nouveau mode d’expression pure que nous tenions à notre disposition et dont il

nous tardait de faire bénéficier nos amis (…)

SURREALISME, n.m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer,

soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel

de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison,

en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.

Enc. Philos. Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de

certaines formes d’associations négligées jusqu’à  lui, à la toute puissance du rêve,

au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres

mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux

problèmes de la vie.” Breton livre ensuite la liste de ceux qui, au présent ou au

passé, ont fait ou font “acte de SURREALISME ABSOLU”. Dans les années 1920,

le surréalisme connaît un véritable “âge d’or” avec la parution d’oeuvres majeures,

l’exploration pionnière de domaines multiples entourant l’homme et sa capacité de

création, sa relation avec le monde et les sociétés. En 1929, des dissensions

internes et des désaccords motivent des départs. Le groupe accueille de nouveaux

membres et continue ses recherches. Après la Seconde Guerre mondiale, qui l’a dispersé,

il reprend ses activités jusqu’en 1969, date officielle de sa disparition après un

demi-siècle d’existence. Mais l’esprit surréaliste, ou plutôt le “comportement

surréaliste” pour reprendre Maurice Nadeau, a marqué durablement les mentalités

artistiques et collectives du XXe siècle.

 

Des prémices à la maturité (1916-1924)

Le surréalisme occupe une place à part dans l’Histoire. Par sa nature, il échappe

à tous les critères d’une étude “classique”: sa complexité, sa dimension collective,

son rayonnement international unique, la pléiade d’écrivains et de peintre qui l’ont

animé et grandi avant de le quitter, la politique, son aspiration révolutionnaire,

son refus de céder aux modes, l’omniprésence et l’empreinte de Breton…  Le temps

ne peut en effet s’appliquer à “ce qui ne fut ni système, ni école, ni mouvement

d’art ou de littérature, mais pure pratique d’existence”.

Le surréalisme plonge cependant ses racines dans un événement très historique:

le cataclysme géographique et humain que fut la Première Guerre mondiale, qui

sacrifia une génération, laissant des plaies morales, physiques, économiques et

géographiques dont nous ressentons encore les effets. Après cette grande Guerre,

l’Europe vit une grande partie de ses frontières changer par les traités des

politiques, les peuples réclamer leur “droits à disposer d’eux-mêmes” comme le

proclamait Lénine, les femmes revendiquer des avancées sociales légitimes. La colère

se mit à monter, provoquant des grèves et des révoltes ouvrières, amenant aussi des

courants de pensée à s’interroger sur la part de l’homme qui avait pu entraîner une

telle catastrophe et à se déterminer sur une nouvelle aventure humaine.

 

Source : L’ABCdaire du Surréalisme, Pierre Chavot, Flammarion, 2001

 

 

 

 

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